...Propos

Au commencement était la scène…

« Au commencement était la scène » En toile de fond de l’installation de Jean-Claude Artaud, une enseigne « CUPIDON » en caractères gothiques disposés en diagonale à la manière des affiches des groupes de Hard Rock. Cupidon serait-il prêt à décocher ses flèches, ou plutôt ses riffs ? Ou bien s’en fout-il comme le disait Brassens dans l’une de ses chansons ? Une batterie, des enceintes (!), une guitare basse, un retour de scène… Notons que la « basse » est le produit improbable entre une basse « Fender », parodiée ici en « Gender » (genre), une sorte de contrebasse proche de la massue préhistorique. L’instument aux formes rondes, sculpturales, féminines et mais ô combien phallique, a droit ici à un socle en forme de mediator. Médiateur ? Le tout dans une étrange ambiance lumineuse et sonore de calme d’avant (ou d’après ?) concert (la tempête ?) Artaud n’a pas oublié le merchandising propre à ce type de concert. On a donc, le CD et le tee-shirt au visuel attendu : un cœur poignardé. A ceci prêt, l’organe a remplacé la forme stylisée, enlevant de ce fait toute forme de romantisme à sa représentation habituelle. Egalement, le poster. Ici Jean-Claude Artaud a superposé son propre visage à celui-ci de son homonyme, l’écrivain Antonin Artaud.
Notons que dans sont installation, Artaud n’utilise pas le « ready-made » cher à Marcel Duchamp (réutilisé très ou trop souvent par les artistes contemporains ?) Ses objets (sculptures polychromes) sont réalisés par lui-même, dans une facture réaliste qui peut bluffer les plus avertis. Louons donc son savoir-faire. S’il travaille souvent à partir d’objets de récupération, il se situe davantage dans la lignée des pop artistes américains des années soixante.

Comme bien souvent, l’artiste joue de son humour, textuel et visuel, mais il serait dommage de s’arrêter à cet aspect de son travail. Sous le « vernis », pointe le constat amer de l’incommunicabilité du couple moderne. Artaud, Jean-Claude, nous invite à une expérience sensorielle, propre aux installations d’où la difficulté de traduire ces sensations avec des mots. Puisse ce texte, malgré tout, vous inviter à vous immerger dans son travail. JMLB sept. 2015

CE QU’IL EN A DIT

J-Claude Artaud rend hommage à la copie
L’œuvre à voir. Le plasticien vendéen présente une série d’œuvres à la Gâterie. L’une d’elle fait reference à Buren.
Transposition parodique de l’hypermodèle Buren. Rien que dans le titre, on sent que Jean-Claude Artaud n’est pas ennemi de la référence détournée.
L’œuvre dont il est question ici est une feuille de papier glacé, format A2, rayée de noir et de blanc, figurant un emballage de ramette de papier. La référence est flagrante. Mais au-delà de ce qui pourrait passer pour un simple hommage, c’est un questionnement autour de la culture de la copie et de son omniprésence en art qui est abordée ici.
En effet, Jean-Claude Artaud s’interroge sur qui est le copieur. Et, de fait, comme Buren ne s’est jamais essayé à l’exercice du papier d’emballage, cette transposition est bien une œuvre d’Artaud. « Du coup, si un jour Buren créer des emballages comme celui-ci, c’est lui qui aura copié sur moi. » L’argument est sans appel et répond au slogan qui motive l’ensemble de son travail : the copy is the original.
Approchons nous un peu. Sur cet emballage, on retrouve les mentions habituelles, informations techniques et même les repères de coupe pour l’imprimeur. Mais l’artiste y a ajouté quelques détails savoureux, comme sa biographie et celle de Buren, les deux plutôt fantaisistes. Ou encore, un petit message écologiste sur le principe de concept de recyclage. Un concept à deux entrées. Le recyclage de l’emballage, mais aussi celui de l’œuvre originale. Floutant quelque peu la frontière entre l’inspiration et le plagiat. Autour de ce travail, d’autres pièces sont des hommages à des courants, des artistes différents. On y retrouve Rodchenko et le constructivisme, Reinhardt, Fontana ou encore Soulage. Ph. Bertheau – OF 18-19 oct. 2014

CE QU’ILS DISENT

Reportage à "la Gâterie" dans le cadre de l’émission LE RÉSEAU URBAIN du 17/09/2014 sur Graffiti Urban Radio

rencontre : artaud /mazoué
reportage "graffiti "

CE QU’IL EN DIT

Salut JC, j’ai bien apprécié ton installation "Tempus Fugit" de Jardin’art 2011, et je ne peux m’empécher de te livrer mes impressions ou plutôt mon interprétation totalement subjective de ce travail. Je le fais parce que j’ai acquis la certitude depuis quelques années que le moindre geste le moindre froncement de sourcil de l’artiste n’est pas anodin et totalement cohérent dans sa démarche. Et toi tu es vraiment un cas d’école.
Je viens de finir l’Echappatoire avce sa Chapelle des Béatitudes, qui entre aussi dans une cohérence, je regrette un peu le manque d’expressivité des visiteurs, je suis toujours en attente d’explications. On ne s’expose pas impunément. Bref revenons à l’œuvre :
Elément principal : des rails d’évidence il s’agit du cours de la vie, l’interprétation des rêves le confirme.(http://www.abcdreve.fr/ rails) L’oeuvre se lit forcément de l’horloge à la valise. Son sens a un sens. Le choix de l’espace était opportun : un passage montant avec un portail d’accès ( tu n’aurais pas pu l’installer dans l’autre sens ).
L’horloge représente le temps qui débute à la naissance. Je me disais à quoi me faisait penser la belle pièce de bois qui la supporte ? et j’ai trouvé : un diapason. On nait tous d’un diapason, mais l’unisson ne perdure pas toujours. Donc on a deux parties, la première serait l’enfance et la seconde la vie d’adulte. La vie se partage ainsi : une partie plus insouciante, on est le wagon (quelquefois le fardeau) puis on devient locomotive ( pas facile d’avoir une bonne motricité ).
Revenons à l’enfance, repérée avec les petites balles colorées, une belle
enfance heureuse magique joyeuse, ou le temps s’égrène. La bicyclette un bel apprentissage, un peu casse gueule tout de même mais des obstacles apparaissent des tréteaux : les tréteaux d’écoliers, tes tréteaux de théâtre de la vie. 5 tréteaux peut-être école, collège, lycée. Des tréteaux reliés entre eux certif, brevet, bac : une course de haies pas totalement sympa.
Et puis là une césure, excuse moi mais si je ne connais pas totalement ta vie
je pense à une pierre tombale au décès prématuré de tes parents. Le truc qui forcément te précipite dans l’age adulte ( moi qui ait encore à presque 50 ans, et Dieu merci mes deux parents je reste par leur présence encore leur enfant.)
Ton texte à tout d’une épitaphe. Je pense aussi à ces paysans qui ont subi sévèrement la mécanisation de leur travail dans l’après guerre, ils peuvent en avoir été aussi les victimes. Et puis la vie a continué, s’est déroulée sur ces rails en bois ( des rails un peu factices ) mais ça tient la route. C’est un peu contraint et forcé, pas vraiment d’écarts.
La valise c’est toi aujourd’hui, bloqué dans ton époque, on ne peut revenir en arrière. Elle est plutôt bien remplie avec pas mal d’outils à l’intérieur. Les rails se prolongent il y a des projets. J’imagine la valise donnant sur le vide, il aurait fallu appeler les urgences psychiatriques.
Bref voilà ma lecture de l’œuvre , plutôt rassurante à ton égard, j’espère que tu la corroboreras.

Vive les chemins de fers de l’état ! Amitiés, JF BARRAT

CE QU’ELLE EN DIT

Chantier permanent

Il parle,
avec le temps, tout est compris dedans.
Je vois des étoiles noires qui nourrissent son regard.
Je ne parle pas, je l’écoute.
Les idées sont pleines, généreuses, turbulentes aussi.
Il n’explique pas vraiment les choses mais son désir
de lumière est si fort qu’il me traverse aussi.
Nous parlons et ce qui passe peut-être nous dépasse.
Un million de questions sur le monde
et un peu de vérité qu’il se construit,
d’une pierre polie,
d’un morceau coloré,
de lignes et de points assemblés
qui délivrent leurs messages.
Il s’étonne lui-même de jouer encore,
il n’a pas d’âge,
il est de l’instant,
d’un battement qui oscille entre le vivant et le néant.
Il niche parfois ses yeux dans la fosse noire du doute
et tout semble mourir et se décomposer.
mais la pierre qu’il poli est lumineuse en lui.
C’est elle qui le tient dans l’équilibre des choses.

Claudie DURANTEAU

(Texte écrit après une grande conversation avec Jean-Claude)